Le canal de l’Ourcq peut-il déborder ? Explications sur un système parfaitement régulé

4 min de lecture 19e arrondissement

Introduction

Alors que la Seine atteint régulièrement des niveaux élevés lors des épisodes de fortes pluies, une question revient chez les riverains :
le canal de l’Ourcq peut-il, lui aussi, déborder ?

Dans le 19e arrondissement de Paris, où le canal structure le paysage urbain, l’inquiétude peut sembler légitime. Pourtant, la réponse est rassurante : le canal de l’Ourcq est conçu pour rester maîtrisé.

Voici pourquoi.

Pourquoi la Seine déborde… et pas le canal

La première différence tient à leur nature.

La Seine est un fleuve naturel. Son niveau dépend des précipitations sur l’ensemble de son bassin versant. Une forte pluie en amont peut provoquer une montée des eaux plusieurs jours plus tard à Paris.

Le canal de l’Ourcq, en revanche, est un ouvrage artificiel.

Décidé en 1802 par Napoléon Bonaparte, il avait pour mission d’alimenter Paris en eau potable. Il ne fonctionne pas comme un fleuve sauvage, mais comme une infrastructure hydraulique régulée.

Son niveau d’eau ne dépend donc pas des caprices de la météo.

Un réseau de canaux connecté et piloté

Le canal de l’Ourcq ne fonctionne pas isolément.

Avec le Canal Saint-Denis et le Canal Saint-Martin, il forme un réseau cohérent de voies navigables parisiennes.

L’ensemble des écluses de ces trois canaux est piloté à distance depuis l’écluse du Pont de Flandre, située dans le 19e arrondissement.

Un centre de télégestion supervise :

  • la manœuvre des vannes et écluses
  • le contrôle visuel des ouvrages via caméras
  • la communication avec les usagers grâce à des bornes phoniques

Ce système permet d’ajuster les niveaux d’eau en temps réel.

En cas d’apport d’eau plus important que la normale, les ouvrages de régulation permettent de maîtriser le niveau et d’éviter les débordements urbains.

Pourquoi le canal Saint-Martin est parfois vidé… et pas l’Ourcq

Beaucoup se souviennent de la spectaculaire mise à sec du Canal Saint-Martin en 2016.

Environ tous les 10 à 15 ans, ce canal est totalement vidé pour :

  • retirer les déchets accumulés
  • inspecter les bajoyers
  • réparer les écluses
  • vérifier l’étanchéité

Ces opérations révèlent souvent un impressionnant “inventaire” d’objets tombés à l’eau : vélos, trottinettes, scooters… et même, en 2001, deux obus de 75 millimètres datant de la première guerre mondiale, deux coffres-forts (malheureusement vides), des pièces d’or, des parcmètres et des fauteuils roulants. (source : OneHeart, le média de l’engagement)

Le canal de l’Ourcq, lui, n’est pas vidé de cette manière.

Pourquoi ?

  • Il est plus large
  • Il bénéficie d’un écoulement continu par gravité
  • Les déchets sont en partie évacués vers l’aval
  • L’entretien se fait par tronçons

Les interventions sont donc régulières, mais moins spectaculaires.

Le canal de l’Ourcq peut-il vraiment déborder ?

Sauf incident technique majeur, le risque de débordement urbain est très faible.

Le canal est dimensionné avec une marge de sécurité entre le niveau d’eau habituel et le sommet des berges.
Il dispose d’ouvrages permettant d’ajuster le niveau en cas d’événement exceptionnel.

Contrairement à la Seine, dont le comportement dépend de facteurs naturels à grande échelle, le canal de l’Ourcq reste un système maîtrisé.

Si on a déjà vu de l’eau sur les trottoirs du quai de Loire et de Seine, et si certaines caves du quartier ont déjà été inondées, c’est davantage en raison de fortes pluies et du mauvais écoulement de l’eau par les égouts, que du débordement du canal.

En résumé, même si la pluie n’en finit pas, dans le 19e, on peut dormir tranquille. Pendant que tout Paris scrute le Zouave du pont de l’Alma, l’écluse de Flandre veille discrètement sur nos berges.