Municipales 2026 : interview de Chayma Drira, candidate de la liste Horizons / Renaissance

12 min de lecture 19e arrondissement

À quelques semaines des élections municipales, nous avons souhaité proposer aux habitantes et habitants du 19e un outil simple et lisible pour comprendre les projets des différentes têtes de liste.
Les mêmes questions ont été posées à chacune et chacun.

Voici les réponses de Chayma Drira, candidate de la liste Horizons / Renaissance (liste conduite par Pierre-Yves Bournazel)

Pouvez-vous vous présenter brièvement et préciser votre lien avec le 19e ?

Je m’appelle Chayma Drira. Je suis chercheuse, spécialiste des politiques de la ville et du Grand Paris. Formée à Sciences Po, j’ai mené des travaux de recherche aux États-Unis, à Chicago et à NYU, sur les dynamiques métropolitaines et les transformations urbaines. Je suis née à Saint-Denis et mon parcours est profondément ancré dans la métropole.

Mon lien avec le 19e est vécu. Rue de Crimée, le bassin de la Villette, les Orgues de Flandre, la place des Fêtes, le marché de Joinville : ce sont des espaces que je connais et que j’ai fréquentés. La ligne 7 a longtemps été ma diagonale quotidienne. Le 19e m’a offert un Paris accessible, ouvert, loin d’un centre parfois trop homogène.

Ce qui me touche ici, c’est la coexistence des formes et des mondes. L’architecture haussmannienne côtoie le brutalisme assumé des années 1970. La Cité des sciences, les MK2, le Centquatre-Paris dialoguent avec les commerces de quartier et les marchés populaires. Logements sociaux, classes moyennes, étudiants, familles, artistes : la mixité n’est pas théorique, elle se vit.

Le 19e est jeune, composite, en mouvement. Il est moderne précisément parce qu’il n’est pas figé. Si je suis tête de liste ici, c’est parce que je crois que cet arrondissement incarne déjà le Grand Paris de demain : une centralité populaire, créative et audacieuse, capable d’entraîner le nord-est  et que je veux porter cette ambition au sein du bloc central incarné par Pierre-Yves Bournazel.

En une phrase : pourquoi êtes-vous candidate dans le 19e arrondissement ?

Je suis candidate dans le 19e parce que j’y vois le futur centre de Paris – et je veux, avec la troisième voie portée par Pierre-Yves Bournazel, transformer cette intuition en réalité métropolitaine.

Quelle décision concrète prendriez-vous dans les 100 premiers jours de votre mandat ?

Dans les 100 premiers jours, je prendrai quatre décisions structurantes et immédiatement opérationnelles.

Premièrement, un audit complet du parc social du 19e avec Paris Habitat et les représentants de copropriétaires, notamment l’association L’Arc. Il s’agira d’identifier les immeubles prioritaires en matière de rénovation, de mettre fin aux dysfonctionnements récurrents – pannes d’ascenseurs, retards d’entretien, dégradation des parties communes – et de contractualiser des engagements précis avec indicateurs publics. L’objectif est simple : restaurer la dignité d’habiter dans le parc social.

Deuxièmement, la gestion de la situation autour de Rosa-Parks sera immédiatement traitée à l’échelle métropolitaine. J’initierai une coordination formelle avec les communes limitrophes, la préfecture, l’ARS et les associations engagées, dont l’UNSSAD, afin de sortir d’une logique de déplacement du problème. Il faut une réponse articulée mêlant prise en charge sanitaire, présence sociale et fermeté contre les trafics, avec un pilotage partagé et évalué.

Troisièmement, je lancerai une révision du tracé des pistes cyclables du 19e. Aujourd’hui, certains aménagements sont discontinus, peu lisibles ou conflictuels. En concertation avec Paris en Selle et les conseils de quartier, nous établirons un schéma hiérarchisé, sécurisé et cohérent, notamment autour de Rosa-Parks et des axes structurants, pour mettre fin aux parcours chaotiques.

Quatrièmement, j’engagerai un plan de revitalisation économique ciblé. Identification des cellules commerciales vacantes, activation d’un guichet unique avec la Chambre des métiers et la CCI, création d’un incubateur de proximité dans les secteurs fragilisés comme la rue du Maroc pour relancer l’activité par l’insertion et l’entrepreneuriat local.

Propreté, cadre de vie, Rosa Parks

Quelles actions mèneriez-vous sur ces sujets ?

Dans le cadre des compétences d’un maire d’arrondissement, j’agirais d’abord sur la coordination locale et de l’exigence quotidienne.

Sur la propreté, je mettrais en place un pilotage public des points noirs du 19e, notamment autour de Rosa-Parks : cartographie précise, équipes renforcées aux horaires critiques, enlèvement rapides des dépôts, suivi régulier avec la Direction de la propreté et publication des résultats.

Sur la situation du crack autour de Rosa-Parks, mon rôle serait d’imposer une coordination rigoureuse entre la mairie centrale, la préfecture de police, l’ARS et les acteurs sociaux. Nous ne pouvons plus segmenter le problème et le déplacer d’un secteur à l’autre.

Je défendrai une approche fondée sur quatre piliers : prévention, prise en charge sanitaire, réduction des risques et action policière ferme contre les trafics. Concrètement, cela signifie des équipes socio-sanitaires stables sur le terrain, des structures adaptées pour éviter les scènes ouvertes, une présence policière ciblée et un comité local de suivi associant riverains et commerçants.

Enfin, je réunirai régulièrement conseils de quartier et acteurs économiques pour ajuster les dispositifs, sécuriser les abords des commerces et améliorer l’éclairage et les aménagements.
Un maire d’arrondissement n’a pas tous les leviers, mais il peut imposer méthode, coordination et continuité. C’est ce qui manque aujourd’hui.

Écoles, crèches, périscolaire…

Quelle mesure prioritaire mettriez-vous en place pour améliorer le quotidien des familles du 19e ?

La mesure prioritaire que je mettrais en place dans le 19e est la garantie d’un véritable parcours éducatif continu pour chaque famille, de la petite enfance au périscolaire.

Dans la ligne du plan familles porté par Pierre-Yves Bournazel, qui prévoit la création de 10 000 nouvelles solutions de garde à l’échelle parisienne, je prioriserai l’augmentation concrète des places en crèche dans le 19e, en ciblant les quartiers où la pression est la plus forte. Trop de parents vivent aujourd’hui une course permanente pour obtenir une place. Nous simplifierons les démarches, rendrons les critères d’attribution plus transparents et développerons des solutions complémentaires comme les micro-crèches et les accueils aux horaires élargis.

Deuxième axe : refonder le périscolaire. Il ne doit plus être un simple temps de garde, mais un temps éducatif structuré. Cela passe par des équipes stabilisées, formées, contrôlées, et par une meilleure articulation avec les projets pédagogiques des écoles. Les familles doivent savoir que leurs enfants évoluent dans un cadre sécurisé et exigeant.

Enfin, nous engagerons un suivi renforcé de l’état des écoles du 19e, avec un plan de rénovation priorisé et des engagements clairs sur l’entretien quotidien. Les équipements dégradés ne peuvent plus être considérés comme normaux.

L’objectif est simple : que rester dans le 19e soit un choix pour les familles, parce qu’elles y trouvent des conditions d’accueil solides, fiables et ambitieuses pour leurs enfants.

Logement, aménagement urbain et mobilités

Comment envisagez-vous l’évolution du logement et l’organisation des déplacements dans le 19e ?

Le logement et les mobilités sont deux leviers fondamentaux pour permettre aux habitantes et habitants du 19e de rester et de circuler dans l’arrondissement. 

Sur le logement, je souhaite agir à la fois sur le parc privé et le parc social. Il faut remettre sur le marché des logements privés vacants ou saisonniers et réduire les usages touristiques abusifs afin de stabiliser l’habitat permanent, notamment en abaissant à 30 nuits par an le plafond de location d’une résidence principale sur les plateformes.

Dans le parc social, la rénovation doit être systématique, avec des engagements clairs sur la performance énergétique et l’entretien. Les pannes d’ascenseurs et les défauts d’entretien ne peuvent plus être tolérés. Les attributions doivent reposer sur des critères actualisés de besoins réels : taille des ménages, évolutions familiales, trajectoires professionnelles. Aujourd’hui, des personnes âgées occupent de grands logements quand des familles vivent à l’étroit. Il faut organiser une rotation maîtrisée et incitative, en lien étroit avec Paris Habitat et l’État, afin de fluidifier les parcours résidentiels.

Les propriétaires privés du 19e doivent aussi être entendus. Ils font face à des incivilités récurrentes et à une taxe foncière élevée. Une politique équilibrée doit sécuriser la mise en location durable et limiter les conversions spéculatives.

Sur les mobilités, ma rencontre avec Paris en Selle a confirmé qu’une politique cyclable efficace repose sur la continuité et la hiérarchisation du réseau. Les pistes doivent être reliées, sécurisées et intégrées aux transports en commun, aux flux piétons et aux besoins de livraison, notamment autour des écoles, des commerces et de pôles comme Rosa-Parks.

Logement, mobilités et aménagement doivent être pensés ensemble. C’est à cette condition que le 19e sera mieux habité, mieux relié et durablement équilibré.

En 2033, si votre projet réussit, qu’est-ce qui aura concrètement changé dans la vie quotidienne des habitants du 19e ?

Le 19e ne sera plus une périphérie intérieure que l’on traverse pour aller ailleurs. Il sera pleinement inscrit dans la dynamique métropolitaine et reconnu comme une centralité du nord-est parisien.

Cette transformation se verra dans le quotidien. Les grands parcs, la Petite Ceinture et les équipements culturels ne seront plus des îlots isolés mais reliés par une véritable trame verte. La végétation descendra des Buttes-Chaumont vers les rues, les squares seront connectés, les continuités paysagères structureront les quartiers. Paris, longtemps entourée de terres maraîchères, retrouvera ici une mémoire végétale oubliée et une manière plus respirable d’habiter la ville dense.

Le 19e sera identifié comme le hub du nord-est métropolitain. À l’image de Station F, un grand pôle d’innovation ancré dans les quartiers populaires accueillera jeunes entrepreneurs et start-up du 19e et des communes voisines. L’ascension sociale deviendra concrète.

Le logement ne sera plus un blocage. Le parc social sera rénové, entretenu avec exigence ; les pannes d’ascenseurs ne seront plus tolérées. Les trajectoires résidentielles seront fluidifiées pour permettre à davantage de familles d’évoluer sans quitter l’arrondissement.

La gestion du crack sera coordonnée, rigoureuse et métropolitaine. Sécurité visible, ville propre, mobilités cohérentes sans opposer les usages. Un nouveau conservatoire, un site du CROUS, un périscolaire renforcé.
Le 19e ne sera plus la marge de Paris. Il en sera la nouvelle centralité d’une grande métropole européenne.

Avez-vous trois adresses fétiches à nous recommander dans le 19e


La première est le café des Trois Arbres, avenue de Flandre. J’y ai mes habitudes. Ce lieu incarne à mes yeux une transformation urbaine qui ne renie pas ses racines populaires. On y croise des familles du quartier, des habitants de longue date, de nouveaux arrivants, des travailleurs, des étudiants.  Ce café symbolise une cohabitation réussie : un quartier qui évolue sans se dissoudre, un espace où les trajectoires sociales se rencontrent sans s’annuler.

La deuxième est Librairie Texture, sur l’avenue Jean Jaurès. J’y suis attachée pour son exigence éditoriale, mais aussi pour ce qu’elle représente. Une librairie indépendante est toujours une aventure entrepreneuriale fragile et courageuse. Plus largement, les librairies indépendantes du 19e – auxquelles je suis profondément attachée – jouent un rôle essentiel : elles créent du lien, soutiennent la diversité éditoriale et incarnent une économie culturelle locale qu’il faut accompagner et protéger.

Enfin, les Buttes-Chaumont. J’aime y déambuler, marcher longtemps, m’y perdre un peu. Dans une ville dense, c’est un véritable poumon vert. Après avoir vécu à New York, je mesure combien des parcs comme Central Park structurent une métropole entière. Je rêve que les Buttes ne restent pas une enclave verte entourée de bâti, mais qu’elles irriguent davantage la ville : que la végétation descende vers les rues, que les squares se relient, que les continuités paysagères s’étendent vers les quartiers plus denses. Le parc ne devrait pas être une parenthèse, mais une trame. Une métropole plus végétale est une métropole plus respirable, plus apaisée et plus vivable.

Méthodologie :

  • Les mêmes questions ont été adressées par mail à l’ensemble des candidats du 19e arrondissement.
  • Les réponses ont été reçues par écrit.
  • Un cadre indicatif de 1 200 à 1 500 signes par question avait été proposé afin de garantir la lisibilité et l’équité entre les candidats. Certaines réponses ont pu être légèrement raccourcies sans modification de fond.
  • Les interviews sont publiées dans l’ordre de réception des réponses.

Consultez ici la méthodologie détaillée.

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